Siège militaire de France. Infanterie.

Anonyme

€5,000.00

Suitte du Militaire en France. Infanterie. Grenadiers de différens Regiments français. Grenadiers des Reg[imen]ts Etrangers dont 8 Rég.ts Almands 11 Rég.ts suisses 5 Rég.ts Irlandais 2 Rég.ts Italiens et Royal Corses.

Dimensions de la toile (à vue) : 48,5 x 74 cm

Dimensions avec cadre : 62 x 88 cm

Huile sur toile dans un cadre ancien, peint et doré.

L’argument s’aborde dès le premier regard, il s’agit de la représentation d’un camp militaire français situé non loin de Strasbourg.

La composition du tableau peut être divisée en trois plans. Au premier plan, on aperçoit un groupe de grenadiers. Au deuxième plan, dans l’axe central de la composition se trouve un canon, auprès duquel se tient un soldat tenant une mèche à canon. Il est entouré, de part et d’autre, par le camp, formé d’une enfilade de tentes blanches à gauche, et par une troupe de grenadiers. Enfin, à l’arrière-plan, s’étend un vaste champ, longé sur la gauche par le Rhin, qui guide le regard vers la ville de Strasbourg, reconnaissable à la pointe de sa cathédrale, qui se détache au sommet de la composition.

La diversité des couleurs des uniformes, notamment des vestes et des collets, ainsi que la précision de certains détails d’accessoires (bonnets en peau d’ourson avec plaques, épaulettes et insignes de grades), associées à l’inscription, permettent de comprendre avec précision la composition bipartite du groupe de personnages représenté sur la toile. L’ensemble s’articule en effet autour de l’axe central, qui relie la pointe de la tour de la cathédrale au canon, avant d’aboutir à l’extrême limite séparant les grenadiers de différents régiments français du groupe des régiments étrangers : 26 hommes identifiables à leurs vestes de couleurs distinctes, soit la somme des régiments annoncés dans l’intitulé. 

Si le tableau semble relater un événement historique, sa composition et son traitement stylistique le rapprochent davantage d’une peinture documentaire à caractère typologique, ou « peinture militaire de types », présentant différents soldats des régiments étrangers au service de la France, chacun étant identifiable à son uniforme.

D’un point de vue technique, le traitement de l’arrière-plan, au moyen d’aplats de couleur pour le paysage et de tracés vifs et légers pour les bâtiments de la ville, contraste fortement avec celui des personnages. En effet, bien que le traitement de ces derniers soit quasi sériel, il va sans dire que l’auteur du tableau a porté une attention particulière à la réalisation des attitudes et des uniformes, conférant presque une individualité aux grenadiers situés au premier plan.

Ce traitement schématique des personnages pourrait rapprocher l’auteur de certains artistes ayant mené une carrière militaire, tels que Johann Michael Petzinger, dont plusieurs tableaux sont conservés à Darmstadt, ou encore de l’Alsacien M. P. F. d’Isnard (1727-1807). Ce dernier, considéré par certains comme l’inventeur des petits soldats en papier de Strasbourg (1770-1779), était officier de cavalerie. Il a notamment réalisé des recueils consacrés aux uniformes militaires (voir l’exemplaire conservé à la BnF). 

Le titre n’est pas fortuit et éclaire également le traitement des personnages, pouvant éventuellement témoigner d’un intérêt particulier de l’auteur pour les figures militaires et leur représentation en série. Le terme « suitte » désigne ici un ensemble de figures militaires.

Toutefois, le choix de transposer sur une toile destinée à un intérieur un style généralement conçu pour être diffusé par les différents procédés de l’impression sur papier invite à interroger la portée historique du tableau, notamment au regard de sa provenance.

En 1934 et l’année suivante, deux bulletins trimestriels de la Société d’étude des Uniformes, publiés sous le titre Passepoil, font mention de notre tableau et de son propriétaire :

« Un grand patriote alsacien, le professeur Hecht, de Nancy, possède un superbe tableau à l’huile, datant d’environ 1775 et intitulé : Suitte du Militaire de France-Infanterie-Grenadiers des Régiments étrangers, dont 8 allemands, 11 suisses, 5 irlandais, 2 régiments Royal-Italiens et Royal-Corses. » (1934)

L’étiquette partiellement conservée au dos du tableau est particulièrement éclairante sur l’identité du membre de cette vaste lignée de pharmaciens et médecins strasbourgeois. On y lit en effet une partie du titre « Infanterie… », du nom « H…cht, à Strasbourg » et de sa vraisemblable acquisition à Strasbourg « avant 1870 ».

Ce Hecht « patriote » et à « l’inépuisable bonté » tel que le définit le Passepoil (1935) semble bien correspondre à Geoffroy-Louis-Émile Hecht (1862-1937), partit s’installer à Nancy en 1870. Descendant de la célèbre lignée de pharmaciens strasbourgeois ayant détenu la pharmacie de la Sainte-Vierge, est également le petit-fils du célèbre Louis Hecht (1771-1857), celui qui a acquis, en 1829, le domaine Turckheim à Strasbourg.

Le Passepoil, ainsi que les auteurs et illustrateurs des articles mentionnant le tableau, s’accordent là encore sur sa dimension documentaire relative aux costumes en ce temps. Paul Martin, conservateur de musée à Strasbourg, et un autre illustrateur dressent ainsi, à partir de personnages issus du tableau, les planches consacrées aux grenadiers suisses (1934, pl. n° 9) et allemands (1935, pl. n° 5).

Cette dimension semble si exacte qu’ils se sont également accordés sur une année (1775), ce qui est d’autant plus révélateur de la valeur historique qu’ils attribuent au tableau.

En 1775, Strasbourg était l’un des trois grands centres, avec Lille et Metz, où l’armée française organisa une école d’instruction militaire destinée à mettre en application le nouveau règlement d’infanterie promulgué le 30 mai. Des officiers-majors de 43 régiments d’infanterie y furent réunis pour s’exercer collectivement. Dans cette armée, les régiments étrangers, notamment suisses et allemands, occupaient une place importante aux côtés des régiments français. Le régiment d’Alsace, à recrutement germanique et lié à la maison de Deux-Ponts, arriva ainsi à Strasbourg en juillet 1775. Le fait qu’un grenadier alsacien soit désigné du doigt par un grenadier français et qu’il occupe une position presque centrale dans le tableau ne semble donc pas fortuit. Associée au cadre strasbourgeois de la scène, cette mise en évidence confère à l’œuvre une dimension identitaire alsacienne.

Ces différents éléments permettent ainsi d’envisager le tableau comme la commémoration d’un camp ou de manœuvres militaires organisés autour de Strasbourg en 1775.

Bibliographie : 

Martin, Paul. Le costume militaire. Military Costume. Der bunte Rock, Strasbourg, 1963, p. 163.

Pelet et Nussbaum. « Grenadiers des régiments suisses au service de France vers 1775 », Le Passepoil, 1934, 14e année n°3, p. 86-63 : lire l’article

Nussbaum. « Grenadiers vers 1775 des Régiments : Alsace, Royal Bavière et Deux-Ponts », Le Passepoil, 1935, 15e année n°2, p. 29-30 : lire l’article

Data sheet

Title
Suitte du Militaire en France. Infanterie. Grenadiers de différens Regiments français. Grenadiers des Reg[imen]ts Etrangers dont 8 Rég.ts Almands 11 Rég.ts suisses 5 Rég.ts Irlandais 2 Rég.ts Italiens et Royal Corses.
Author
Anonyme
Location
sans lieu (Strasbourg)
Date
sans date (1775)