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Summum Argentoratensium templum.

Schad Oseas

Le plus ancien guide de l’édifice et une des plus anciennes monographies architecturales d’Europe.

Summum Argentoratensium templum : Das ist Aussführliche und Eigendtliche Beschreibung dess viel Künstlichen, sehr Kostbaren, und in aller Welt berühmten Münsters zu Strassburg... 

Strasbourg, Lazari Zetsners, 1617.

In-8 carré de (5) ff.n.ch. de préface + 112 pp. + (2) ff.n.ch. d'index + 6 planches hors-texte dépliantes.

Format : 20 x 16 cm.

Plein vélin, dos lisse muet, nerfs apparents. Reliure de l’époque.

Taches sur les plats, petites déchirures sur coupe et coiffe supérieures. Intérieur uniformément bruni. Une restauration ancienne au verso de la planche de la cathédrale.

Bel exemplaire de cet ouvrage considéré comme la première monographie de la cathédrale de Strasbourg.

Notre exemplaire est complet de ses planches hors-texte gravées par Isaac Brunn : une vue de la cathédrale depuis le sud-ouest, montrant la façade, le bas-côté sud et le bras sud du transept ; la chaire ; le maître-autel ; l’horloge astronomique ; les trois statues équestres de Clovis, Dagobert et Rodolphe de Habsbourg ; enfin, le portail sud.

Le texte est également orné de six gravures sur bois : l’idole du « Krutzmanna », représentation païenne du dieu Hercule (p. 5) ; un plan de la cathédrale (p. 7) ; une pierre octogonale portant un calice et une hostie (p. 18) ; la plaque commémorative du prébendier Eucharius Trosch, représentant des crânes accompagnés d’une épitaphe (p. 52) ; trois schémas (p. 55-56) et des colonnes de la cathédrale de Strasbourg (p. 58).

L’exemplaire est ainsi complet de l’ensemble de ses illustrations, mais également de sa page de titre, dont la composition revêt une importance particulière. La spécialiste, Monique Samuel-Scheyder, a en effet livré une analyse approfondie de celle-ci, mettant en évidence sa composition tripartite, qu’elle rapproche d’une typologie fréquente dans les éditions théologiques allemandes des auteurs de la Réforme. Elle souligne notamment la diversité des typographies et des formes de caractères, qui concourent à créer des effets d’emphase sur certains éléments du contenu sémantique.

La mise en page de la page de titre n’est en effet nullement anodine. Le nom de Strasbourg, désignée sous le vocable « Argentoratum », domine visuellement le sommet de la composition, s’inscrivant dans la tradition humaniste des ouvrages consacrés à l’éloge des villes (encomion). Le superlatif « summum » joue également un rôle essentiel, mettant en exergue à la fois la singularité de l’édifice et son excellente facture. Enfin, le terme « templum », qui confère à la cathédrale une dignité et une noblesse particulières en la plaçant implicitement dans le registre du temple de Jérusalem, souligne non seulement l’importance de l’édifice mais, par extension, celle de la publication qui lui est consacrée (MSS).

La gravure de la cathédrale en perspective axonométrique reprend une représentation antérieure de l’édifice (1587), elle-même gravée d’après un dessin de Daniel Specklin : voir notice CEDS consacrée

Cette filiation iconographique n’est vraisemblablement pas fortuite. L’ambition de Schad ne se limite en effet pas à produire un ouvrage purement descriptif. Sa position et ses relations avec le Magistrat de Strasbourg ainsi qu’avec les milieux intellectuels de la ville lui donnent accès à des sources alors en partie inexploitées, notamment à une collection de manuscrits de Daniel Specklin, acquise pour quelques pièces (MSS, p. 203).

Cette publication est communément considérée comme la plus ancienne monographie consacrée à la cathédrale de Strasbourg et surgit en réponse à la grande notoriété dont la cathédrale jouissait alors déjà dans le monde.

L’ambition était, toutefois, plus complexe comme le souligne Monique Samuel-Scheyder :

« En faisant éditer […] son vibrant hommage à la cathédrale, il se fait déjà, sur un mode historique plus érudit mais non moins engagé, le héraut et défenseur du particularisme politique et confessionnel de sa ville natale » (MSS, p. 200)

L’année de sa publication n’est, de fait, pas fortuite. Strasbourg est en fête durant les deux derniers mois de l’année 1617, à l’occasion du jubilé du premier centenaire de la Réforme. L’ouvrage s’inscrit ainsi dans un contexte de célébration de l’attachement de la ville à la Réforme et à son idéal religieux.

Schad présente humblement son ouvrage comme « un modeste petit traité historique ». Il constitue pourtant une contribution particulièrement opportune à la commémoration de la cathédrale et, plus largement, à la célébration de Strasbourg, étudiée à travers son principal symbole, celui d’une « ville libre » et d’un haut lieu du culte protestant (MSS, p. 199).

L’ouvrage retrace les origines et les différentes étapes de construction de l’édifice jusqu’aux transformations majeures intervenues avant 1681. Il s’intéresse également aux éléments remarquables du mobilier, ainsi qu’aux inscriptions, épitaphes et monuments funéraires conservés dans la cathédrale.

Il a été imprimé chez Lazare Zetzner, issu d’une importante famille d’imprimeurs-éditeurs strasbourgeois. Celui-ci avait considérablement assis son autorité dans le monde de l’imprimerie protestante notamment par la publication, en 1630, de la Bible de Luther illustrée de gravures de Matthias Merian. La publication de Schad réunit ainsi plusieurs personnalités particulièrement engagées dans la défense de la cause luthérienne.

Notre exemplaire porte en outre le privilège du Magistrat de Strasbourg. Ce type de privilège, relativement rare, notamment apposé sur certaines éditions scolaires, constituait un moyen de protection contre les contrefaçons et les impressions frauduleuses.

Rare traité, sans aucune réédition, entièrement consacré à la cathédrale, qui s’imposa par la suite comme une référence régulièrement citée dans les chroniques strasbourgeoises consacrées à l’édifice.

Provenance : un tampon discret au verso du premier feuillet blanc. Collection privée Barthelemé.

Bibliographie : 

- Louis, Julien. « Osée Schad, le premier guide de la cathédrale », Société des Amis de la Cathédrale de Strasbourg : consulter la notice

- Samuel-Scheyder, Monique. « Osée Schad : La première monographie imprimée de la cathédrale de Strasbourg », Bulletin de la Cathédrale, t. XXXI, 2014, p. 199-250 : lire en ligne

Data sheet

Title
Summum Argentoratensium templum.
Author
Schad Oseas
Editor
Lazare Zetzner
Location
Strasbourg
Date
1617