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[Militaria] Bons de logement militaires de 1870-1871.

Hecht Louis-Émile

« Le départ de ces hommes laisse pour la 1ere fois depuis le néfaste 28 septembre notre maison vide de soldats prussiens. Il était temps ! »

Louis-Émile Hecht (bon 9)

500 €
Quantité

Rare ensemble de bons ou billets de logement militaire, témoignant des modalités d’hébergement des troupes chez l’habitant à Strasbourg entre le 28 septembre 1870 et le 9 septembre 1871.

Le logement des militaires chez l’habitant constitue une pratique ancienne, encadrée par des dispositions réglementaires précisant les conditions d’hébergement et d’indemnisation des civils accueillant les troupes. En France, le billet de logement permet notamment au soldat de bénéficier d’une place au feu et à la chandelle. Les premiers billets français de cet ensemble reproduisent un extrait du règlement annexé à la loi du 23 mai 1792, relatif au logement des militaires chez l’habitant et aux indemnités dues à ce titre.

Cet ensemble de 21 billets de logement, se rapportant au domicile de Louis-Émile Hecht (1830-1906), situé 42 rue des Grandes Arcades, lui est attribuable.

Numérotés à la main et classés par ordre chronologique, ces documents permettent de distinguer quatre typologies et de suivre l’évolution des pratiques liées au logement militaire : 

• Les billets français officiels imprimés chez Christophe (2) ;

• Les billets bilingues avec mention d’éditeur « G. Silbermann » (5) ;

• Les billets bilingues sans mention d’éditeur (7) ;

• Les billets manuscrits sur papier simple au verso d’autres documents (7).

Ces derniers témoignent vraisemblablement de la nécessité de pallier l’absence de formulaires préimprimés. Leur attribution à Hecht est étayée par la reconnaissance de son écriture, tandis que l’adresse figurant sur les documents correspond à son domicile, à la Pharmacie de la Vierge. Certains supports sont en outre constitués de courriers qui lui étaient adressés ou de fiches types de l’Hôpital Civil et la Société de Médecine de Strasbourg, auxquels il était rattaché entre 1863 et 1870. Ces indices suggèrent qu’il a non seulement conservé ces documents, mais également participé à la confection d’une partie, si ce n'est de l'ensemble, des billets.

La numérotation, la conservation et l’annotation méthodiques de ces documents témoignent de la rigueur documentaire, presque archivistique, de Louis-Émile Hecht, ainsi que de sa volonté de garder la trace de cette période subie. Cette démarche s’inscrit dans la continuité d’un positionnement résolument francophile, déjà perceptible dans l’exemplaire du Siège de Strasbourg qui lui a été attribué.

Les annotations portées sur les billets confèrent à l’ensemble une dimension personnelle : elles traduisent à la fois la lassitude suscitée par les contraintes du logement militaire et le regard nuancé porté sur les soldats hébergés. Ainsi, Hecht relève qu’un officier « a changé de quartier pour ne pas monter 3 escaliers » (voir b.1). Il commente sur le billet n° 20 le séjour du lieutenant Hermann Corbelin, accompagné d’un soldat et d’Hector, un petit chien. L’hôte les décrit comme « tranquilles », mais ajoute également qu'ils sont « sales et paresseux ».

Ces billets sont enrichis de notes et documents laissés en compléments par l’auteur : 

• Une note manuscrite « Weinhandlung von Gebrüder Schäfer » se rapportant au billet 3 ;

• Une sorte d'ancien billet de logement militaire de 1832 adressé à M. Flach par Gustave Silbermann (éditeur de certains billets ci-présentés) ;

• La carte du lieutenant Hermann Corbelin (voir b. 20) ;

• Une feuille « Bureau des Zahlmeister » ;

• L’avis, vraisemblablement placardé sur la porte du logement de Louis-Émile Hecht (comme le suggère la trace de colle au verso), qui aurait été apposé au moment où un sous-officier prussien (feldwebel) l'a informé devoir loger des militaires (voir note Schäfer). D’abord placardé au 26, rue du Vieux marché aux grains, il semble avoir été corrigé par Hecht afin de le rattacher au 42, rue des Grandes Arcades, situé à trois pas du premier.

Ce dernier élément permet de faire la reconstitution complète du contexte de cet ensemble, allant du début à la fin de la période à laquelle le lieu de résidence de Louis-Émile Hecht a servi de logement militaire.

Un ensemble précieux, tant pour son témoignage sur les conditions concrètes de l’hébergement à Strasbourg après septembre 1870 que pour ce qu’il révèle de la manière dont son auteur a vécu et documenté cette période.

Bibliographie : 

- Crunchant, Camille. « Bons de logement, le militaire chez les civils », Napoleonica. La Revue, 2024 : lire en ligne

- Labrude, Pierre. « Hecht Louis-Emile », Academie Stanislas [en ligne] : lire l'article

Fiche technique

Titre
Bons de logement militaires de 1870-1871.
Auteur
Hecht Louis-Émile
Lieu
Strasbourg
Date
1870-1871