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Engelhardt Christian Moritz
Le Hortus deliciarum de Engelhardt - Un des très rares exemplaires en couleurs.
Herrad von Landbserg, Aebtissin zu Hohenburg, oder St. Odilien, im Elsass, im zwoelften Jahrhundert ; und ihr Werk : Hortus Deliciarum.
Ein Beytrag zur Geschichte der Wissenschaften, Litteratur, Kunst, Kleidung, Waffen und Sitten des Mittelalters.
Stuttgart & Tübingen, J. G. Cotta, 1818.
In-folio, (1) f. blanc + titre et suite de 12 planches séparées des serpentes d'origine + (1) f. blanc.
Etui moderne marron titré en lettres dorées et enluminure rouge sur le premier plat.
44 x 52 cm
Reliure de l'époque cartonnée marron.
38 x 51,2 cm
Exemplaire soigneusement colorié à l’époque avec rehauts d’or et d’argent.
Hortus deliciarum, le Jardin des Délices, est le titre d’un livre célèbre du Moyen Âge rhénan rédigé par l’abbesse Herrade de Landsberg. L’histoire l’associe à la désastreuse guerre franco-allemande de 1870 qui vit disparaître ce document dans l’incendie de la bibliothèque de Strasbourg.
Ce codex en parchemin fut composé vers la fin du XIIe siècle dans le monastère situé en haut de l’actuel mont Sainte-Odile, et que l’on appelait à l’époque Hohenburg.
Par Jardin des délices, les anciens faisaient référence au paradis perdu, qui renfermait tous les délices du monde, les rêves de l’humanité et les plus profondes aspirations de l’homme, séparé de ces félicités depuis son expulsion du jardin d’Eden.
° Propos de Jean-Claude Wey dans Hortus Deliciarum – Le jardin des délices. Trésor iconographique et encyclopédique du XIIe siècle. Le Verger éditeur, 2016.
« Une fois rédigé, relié et mis sous écrin, le Hortus demeura sur sa montagne. Certains témoignages d’humanistes comme celui de Jérome Guebwiller en 1521 attestent de la présence de ce magnifique livre. Il échappe à un incendie en 1546.
L’évêque Erasme de Limbourg le fait transférer alors dans son château à Saverne où il fut conservé jusqu’au XVIIe siècle. On le trouve ensuite dans la Chartreuse de la bibliothèque de Molsheim, certainement pour l’exécution d’une copie qui fut achevée en 1695, et il semble qu’il y resta.
Lors de la Révolution, suite à la confiscation des biens ecclésiastiques, le prieur des Chartreux de Molsheim de l’époque remet cet ouvrage en mains propres au commissaire de l’administration du district qui l’entrepose à la bibliothèque du département à Strasbourg.
Ici survient une anecdote que raconte R. Reuss en 1908 : « Dans ses recherches sur les documents ayant trait de la Révolution à Strasbourg, il découvrit divers arrêtés concernant les péripéties du Hortus entre 1793 et 1795. En effet un dénommé citoyen de Landsberg, ci-devant Baron du même nom, réclame le document. La direction du district par arrêté du 1er et 19 brumaire de l’an III le rend à ce demandeur, qui le vend au Chanoine Rumpler, un personnage assez remuant. Cependant, suite à enquête cet arrêté est cassé et la réintégration de ce document précieux est ordonnée. Suite à son retour, en 1795, les professeurs Oberlin et Blessig sont chargés d’un rapport sur l’état de ce livre ».
Puis en 1803, le Hortus rejoint la bibliothèque de la ville, dans le chœur de l’ancienne église des dominiciains. C’est à ce moment que le chef de la police de Strasbourg, C.M. Engelhardt (1775-1858), savant érudit d’antiquités et amateur d’art, le découvre, le compulse et publie une monographie avec douze planches de calques de diverses images réalisés pour son étude.
Ce livre d’Engelhardt de 1818 fut le premier ouvrage traitant du Hortus Deliciarum. L’ouvrage de Herrade de Landsberg fut ainsi connu d’un petit nombre de savants et d’amateurs d’art médiéval, tant en France qu’en Allemagne et en Europe.
Tiré à Stuttgart en très petit nombre, 300 exemplaires dont la moitié fut passée au pilon 20 ans plus tard, l’ouvrage était accompagné de 12 planches, gravées sur plaque de cuivre par Willemin de Paris, et imprimées d’abord en noir et blanc sur du papier fin, planches collées et pliées en fin d’ouvrage. (format in-folio)
Ultérieurement, probablement vers 1828 ces planches seront réimprimées sur du papier dessin plus épais et présentées à part sous forme d’atlas. Elles sont toujours en noir et blanc. Une série unique de planches fut coloriée d’après l’original par Engelhardt lui-même, quelques autres séries de planches furent recolorées par des proches d’Engelhardt d’après « l’original de Engelhardt »
Ce livre est aujourd’hui extrêmement rare, quand on le trouve les planches sont absentes, arrachées ou déchirées. Celles colorées, que l’on peut rencontrer de nos jours, sont à contrôler avec la plus grande prudence, la plupart sont des imitations ou des faux ».
° En 2017, Agnès Guglielmi, dans les cahiers alsaciens d’archéologie, d’art et d’histoire (Tome LX) nous laisse une étude intitulée Les copies des miniatures de l’Hortus deliciarum. Etat actuel des connaissances.
Cette enquête et réflexion poussée nous permet de mieux comprendre l’importance de l’édition de Engelhardt et nous donne quelques chiffres :
« On ne connaît pas de copies des miniatures de l’Hortus deliciarum antérieures au XIXe siècle, ni de photographies de celles-ci prises avant la destruction du manuscrit. Les premières copies connues des miniatures sont l’œuvre de Christian Moritz Engelhardt, chef de police de Strasbourg et amateur d’art et d’histoire du Moyen Âge. Engelhardt étudie l’Hortus dans les années 1810, et publie la première monographie consacrée au manuscrit en 1818. Celle-ci est accompagnée de gravures de miniatures réparties sur 12 planches, dont certaines ont été peintes à la main par l’auteur d’après le manuscrit original. Par chance, pratiquement tous les calques dessinés par Engelhardt d’après l’Hortus deliciarum, dont certains ont servi de modèles pour la réalisation des planches gravées, sont parvenues jusqu’à nous. Ils se trouvent aujourd’hui dans un volume conservé à la Médiathèque André Malraux de Strasbourg.
(…)
Les dessins d’Engelhardt présentent un intérêt non négligeable, car certaines miniatures qui ornaient l’Hortus deliciarum ne nous sont connues que par ces reproductions. (…)
Concernant les fac-similés en couleurs, on ne connaît pas le nombre d’exemplaires peints par Engelhardt, mais vingt-cinq d’entre eux avaient été vendus en 1825. Nos recherches et les informations précieuses que nous avons recueillies nous ont permis d’en identifier quatorze, dans des collections publiques ou chez des particuliers. Nous avons pu comparer huit exemplaires, et ainsi mettre en évidence l’existence de variantes dans la représentation de certains détails. Tout d’abord, il existe des planches plus précieuses que d’autres, qui comportent des rehauts à la feuille d’or et d’argent sur des auréoles et des couronnes, de la vaisselle et des pièces de monnaie, là où l’on trouve simplement de la peinture dorée ou argentée sur les autres planches. Il devait s’agir d’exemplaires de luxe, vendus plus cher que les autres. »
Notre exemplaire est issu de la première émission puisque nous possédons le feuillet de titre daté de 1818. Les planches, en parfait état de conservation, sont merveilleusement coloriées avec rehauts d’or et d’argent comme indiqué dans l’explication d’Agnès Guglielmi.
Les coloris éclatants sont d’une grande fraîcheur. Un joyau de bibliophilie alsatique.
Provenance : Exemplaire du château des Lansberg à Niedernai dans le Bas-Rhin. Famille Le Pays du Teilleul